dimanche 27 juillet 2008

"Tout est un. Mais, dans la vie pratique, tenez compte des différences!"


Annamalai Swâmî répétait souvent:

"Tout est un. Mais, dans la vie pratique, tenez compte des différences! Évitez les mauvaises compagnies et les mauvaises actions!"
Il se référait ainsi au verset 39 des "Suppléments aux quarante versets" de Ramana Maharshi:

"Garde au coeur le sens de la non-dualité, mais ne l'exprime jamais dans l'action. O mon fils, le sens de la non-dualité peut s'appliquer aux trois mondes, mais sache que par rapport au Maître il ne conviendra jamais."

C'était là un aspect fondamental de l'enseignement qu'il avait reçu et qu'il transmettait. Je l'ai questionné une fois à propos de ce verset et plusieurs fois à propos de cet enseignement qu'il me rappela souvent.

Concernant le fait que le sens de la non-dualité ne s'applique pas au Maître, il dit simplement: "C'est lui qui a montré le chemin au disciple et qui l'a guidé; ce dernier lui en reste reconnaissant et fait preuve de respect à son égard."

Quant à la première partie du verset, il m'en fit plusieurs commentaires et illustrations:

  1. Une fois il me raconta une histoire à propos du roi Janaka, un sage d'autrefois:
    "Des gens ayant entendu que le roi Janaka avait atteint la réalisation décidèrent de vérifier s'il est bien vrai qu'aux yeux du connaissant tout est un. Ils amenèrent chez lui un chien, une vache, un éléphant, un intouchable et un brahmane, et sollicitèrent une entrevue avec le roi. Quand ils arrivèrent, celui-ci fit conduire le chien au chenil, la vache à l'étable, l'éléphant dans le lieu assigné aux éléphants, l'intouchable à l'endroit où vivaient les autres intouchables et le brahmane dans le lieu réservé aux brahmanes. Il ordonna ensuite à ses serviteurs de prendre soin de ses hôtes et de servir à chacun une nourriture appropriée.

    Les visiteurs demandèrent: "Pourquoi les sépares-tu individuellement si tout est un à tes yeux?"

    Le roi répondit: "Tout est un, mais chaque être doit être traité selon sa nature. Le contentement varie selon la nature de l'individu. Un homme serait-il tenté de manger le foin dont se nourrit la vache? La vache aimerait-elle la nourriture que mange un homme? On ne devrait donner à chacun, animal ou homme, que ce qui est susceptible de le contenter. "
  2. D'autres fois il illustra cet enseignement par des propos tels que:
    "Les oiseaux du même nid se tiennent ensemble."

    ou

    "Si vous entrez dans un magasin de chemises, c'est tout des chemises, mais si vous en mettez une qui est trop petite pour vous, vous allez souffrir."
A propos du verset 39 cité ci-dessus, il est intéressant de noter que Ramana Maharshi l'a extrait d'un traité sanscrit et traduit en tamoul pour répondre à une demande d'Annamalai Swâmî le pressant d'écrire un verset résumant l'enseignement qu'il venait de donner sur ce thème. Après avoir traduit le verset, Ramana le copia de sa main dans le journal d'Annamalai Swâmî. Plus tard il fut intégré aux "Suppléments aux quarante versets".

Dans son ouvrage Living by the Words of Bhagavan, que j'ai traduit et fait publier en français, David Godman relate cet épisode et l'enseignement donné par Ramana Maharshi à cette occasion:

"On ne devrait pas pratiquer la non-dualité dans les activités ordinaires. Cela suffit s'il n'y a pas de différentiation dans le mental. Si l'on entretient des wagons de pensées discriminantes au-dedans, on ne devrait pas prétendre que tout est un à l'extérieur.
"Les occidentaux pratiquent les mariages mixtes et mangent avec n'importe qui. A quoi bon? Seules des guerres et des champs de bataille en ont résulté. Qui a retiré du bonheur de toutes ces activités?
"Le monde est un immense théâtre. Chaque personne doit remplir le rôle qui lui est assigné. C'est la nature de l'univers d'être différencié, mais en son for intérieur, nul ne devrait avoir le moindre sens de différentiation."